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Le pélerinage

 

St Jacques de Compostelle

Les chemins de Saint-Jacques de Compostelle

 Vers 1140, dans le premier « Guide du Pèlerin » connu, Aymeri Picaud, chanoine de Parthenay, définissait les quatre principalesvoies empruntées par les pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle. Elles passaient à ses yeux par :
- Saint-Gilles du Gard, la voie d’Arles (Via Tolosana)
- Notre-Dame du Puy, la voie du Puy, (Via Podiensis)
- Sainte-Marie Madeleine de Vézelay, la voie de Vézelay, (Via Lemovicensis) ;
- et Saint-Martin de Tours, la voie de Tours, (via Turonensis).

Ce guide décrit les chemins de Saint-Jacques, cite les étapes et les « noms des villes et bourgs sur le chemin Ces quatre voies confluent vers le département des Pyrénées Atlantiques.

La voie de Tours est le chemin le plus occidental des quatre, il est aussi appelé « le Grand Chemin ». C’est celui qu’a emprunté la chanoine Aymeri Picaud. Il traverse trois villages du canton de Bidache : Arancou, Bergouey et Viellenave-sur-Bidouze.

 

Le chemin de Tours (ou de Paris)

 Voies de st jacquesIl débutait à Paris à l’église Saint-Jacques de la Boucherie, à l’emplacement actuel de la Tour Saint-Jacques, où se rassemblaient des foules de pèlerins venus de l’Europe du Nord avant leur départ vers Chartres ou Orléans puis Tours.

Reliant les bords de la Loire au Pays Basque, il traversait le Poitou, la Saintonge et la ville de Bordeaux, et rejoignait, entre Saint-Palais et Ostabat les voies du Puy et de Vézelay. Au quartier dit de « Gibraltar » une stèle symbolise aujourd’hui la réunion des trois voies.

Depuis Bordeaux la voie de Tours traverse les Landes par Gradignan, Cestas ou selon Aymeri Picaud « commençait la redoutable traversée des Landes », Belin et Lesperon, et de là, atteint Dax sur l’Adour en Chalosse, puis Sorde en Pays d’Orthe au confluent des 2 gaves (de Pau et d’Oloron), écorne le Béarn (Léren, Saint-Pé de Léren, Saint-Dos)et après Arancou, Bergouey et Viellenave-sur-Bidouze, traverse la Basse-Navarre jusqu’à la frontière avec la Navarre après Saint-Jean-Pied-de-Port.

Le Pays Basque est un point de passage obligatoire. Ainsi en a décidé la géographie. D’où que l’on vienne en Europe, si on veut franchir les Pyrénées à l’ouest du massif, il faut traverser la région.

L’Association des Amis du chemin de Saint-Jacques des Pyrénées Atlantiques a inventorié et balisé, dans la dernière décennie du XX° siècle, les principaux itinéraires qu’empruntaient, depuis le Moyen-Âge, les pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle dans une zone située entre l’Adour et les Pyrénées.

 

Le chemin de Tours en Pays de Bidache.

 Venant de Sorde l’Abbaye le pèlerin va entrer en Pays de Bidache après être passé devant les ruines de l’Hôpital d’Ordios.

Le lieu-dit Ordios se trouve à l’entrée de la marche de Lanneplaà, au carrefour du chemin de Saint-Jacques avec un chemin rural venant de Saint-Dos, en Béarn. Cela commença par un drame : en 1150, trois pèlerins normands furent assassinés en ces confins sauvages par la bande du brigand Artérius. Les textes nous disent que Pierre III Gabarret, vicomte de Béarn, en fut instruit par l’ange Gabriel, et qu’aussitôt il donna à Raymond Poichet, curé de Saint-Dos, l’autorisation d’y construire un prieuré-hôpital pour la protection des pèlerins. A l’hôpital était aussi adjoint un moulin.

Il reste du prieuré-hôpital de Sainte-Madeleine d’Ordios les murs de la chapelle, avec sa porte romane, intégré dans une étable, et ceux de la maison priorale, devenue l’habitation de la ferme.

 

La traversée d’Arancou :

chemin de saint jacques arancouL’étape suivante est celle d’Arancou, sur une étroite langue de terre gasconne, avancée dans le prolongement de Bidache et Came.Ce village n’eut pas moins de deux hôpitaux.

On sait en effet qu’en 1256, le vicomte de Béarn accorda le droit de pacage sur les deux marches à un moine de Ronceveaux, commandeur de l’Espitau nàu (l’hôpital neuf) d’Arancou.Cette commanderie a été identifiée avec la maison Lacoste, située à l’entrée du village, en bordure du chemin. Or, qui dit hôpital neuf suppose aussi hôpital vieux.Ce dernier correspond à la maison Gallaret, reconstruite en 1810, voisine de l’église.

D’autres maisons proches ont sans doute été celles de donats ; le dossier d’un litige sur les herbages, en 1411, avec le seigneur de Gramont, porte en effet la signature de sept témoins, tous « frères de l’ordre de Ronceveaux » et natifs d’Arancou. Ce noyau urbain compose donc un paysage très jacquaire avec le cimetière et la source abondante coulant au pied de l’église dans une vasque rustique.

L’église elle-même, « romano-gothique » du XIII° siècle, aux allures de forteresse, présente au-dessus, entre deux étroites fenêtres, son clocher-tour hexagonal, surmonté d’un clocheton au toit de dalles. Le porche abrite une curieuse stèle discoïdale de 1790, dont le centre porte un personnage naïvement sculpté, un Christ, semble-t-il, à tête ronde et aux doigts écartés. Abside polygonale, hauts contreforts terminés en larmier, et, côté sud une étroite tourelle pentagonale et défensive.

L’hôpital déclina au XVI° siècle et ses revenus furent attribués à la collégiale Saint-Jacques de Bidache.

 Le gîte jacquaire :

 Gîte jacquaire Arancou

La commune d’Arancou a retrouvé depuis l’année 2009 sa vocation d’accueil en ouvrant un gîte d’hébergement de pèlerins aménagé dans la maison « Bourthaïre ».

Cette maison, située au centre du village, a été acquise par la commune le 04 décembre 2003. La maison « Bourthaïre » était une exploitation agricole dont les derniers propriétaires se nommaient « Lacau ». Au début du XX° siècle, jusqu’aux environs de la fin de la première guerre mondiale, elle était l’une des quatre auberges du village.

Le nom de « Bortairi », mot d’origine navarraise qui signifie tour à tour un champ communal, une écurie ou une étable, mais aussi une cour, une basse-cour ou une aire à battre le grain, figure parmi les signataires d’un document daté de 1305. Ce document est une supplique en gascon adressée au Roi de Navarre par l’Assemblée Générale des maîtres de maison et habitants d’Arancou pour devenir « franc du roi de Navarre » et échapper semble-t-il plus ou moins ainsi à la main mise totale des Gramont.

Construite exactement à mi-chemin des deux hôpitaux, l’Espitau et l’Espitau Nau, la maison « Bourthaïre », comme la plupart des maisons anciennes du village, était une « donaterie » ou « maison de donats ». A cette époque l’existence d’un hôpital impliquait des biens fonciers et des paysans pour les cultures, afin d' assurer la subsistance des religieux et éventuellement celle des pèlerins.

Laïcs ou religieux, les donats sont représentés comme des personnes ambivalentes, mal définies, proches des religieux, et se consacrant aux travaux manuels et aux activités domestiques de l’hôpital.

 

La traversée de Bergouey :

chemin de saint jacques bergoueyEntre Arancou et Bergouey, le pont sur le ruisseau Lauhirasse marque l’entrée du Pèlerin dans l’ancien royaume de Navarre.Par une de ces subtilités fréquentes au Moyen-Âge, les deux villages appartenaient d’ailleurs au même seigneur de Gramont mais pour le premier, il devait hommage au roi d’Angleterre, et, pour le second, au souverain de Pampelune. Quant au ruisseau de Lauhirasse, son nom indique qu’il traverse la marche de Lauhire.

Présent sur les deux rives, le seigneur était donc le protecteur tout désigné du chemin et des voyageurs.

Arnaud-Guilhem 1° de Gramont s’engageait ainsi en 1237 devant Thibaut 1° de Navarre à ne commettre aucun méfait contre eux sur ses terres. Mais il dut se croire autoriser à prélever en revanche des péages abusifs sur la rive Nord, car, en 1248, c’est Simon de Montfort, lieutenant à Bordeaux du roi d’Angleterre, qui l’emprisonna pour « pillage ». Il ne fut libéré que contre sa promesse d’assurer désormais le libre passage des voyageurs.

 

La traversée de Viellenave-sur-Bidouze :

chemin de saint jacques Viellenave chemin de saint jacques Viellenave


A 500 m au sud de Bergouey, le chemin franchit la Bidouze par un pont en blocs de grès.

Sur l’autre rive, se dresse le village-rue de Viellenave. C’était comme l’indique son nom, une « ville-neuve » fondée en 1247 par Arnaud-Guilhem 1°. Mais il y avait déjà une bourgade nommée Erreiti, nom basque désignant « le fort du roi ».

Le berceau des Gramont est en effet un peu plus à l’ouest, sur la colline de la Moulary, qui domine toute la rive de ses 111 m. Cette grande famille gasconne tirerait même son nom de cette position : un acer mons latin (« mont aigu ») aurait donné Agramont, puis Gramont. Les ruines du premier château des Gramont, motte féodale, terrassements et talus, remontant au XII° siècle, sont toujours là-haut.

chemin de saint jacques Viellenave
   détail du tympan roman

L’église Saint-Jacques-le-Majeur, distante du village, se dresse au débouché du pont. Reconstruite au XIII° siècle dans une tradition romano-gothique, avec une abside à trois pans et une tour polygonale, elle a conservé du XII° une merveilleuse porte romane avec un tympan à clef pendante entre deux arcs, encadré de quatre voussures et de cinq colonnettes ; sur le tympan, la lune et le soleil encadrent deux masques et une rosace. Le bénitier est aussi entouré de quatre masques et de quatre boules.

 


              

 

Un moulin sur la rive et un hôpital au bord d’un chemin avoisinaient l’église : une maison y porte toujours le nom Lespitàu.

 

Le renouveau du phénomène jacquaire.Depuis une vingtaine d’années le pèlerinage connaît une nouvelle jeunesse. Les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ont été classés « itinéraire culturel européen » puis inscrits en 1998 au patrimoine mondial de l’humanité.

La vogue de la randonnée, la quête spirituelle, le désir de lenteur dans un monde pressé, ont contribué au succès de ce renouveau. Les motivations ont évolué. A côté des purs marcheurs de la foi, il y a ceux qui s’intéressent à l’histoire, aux monuments, qui cherchent par la marche, en mettant leurs pas dans ceux des marcheurs de jadis, à s’identifier à une longue histoire humaine.

Le pèlerin en route vers Compostelle en ce début de troisième millénaire est conscient que ses pas épousent les pas des millions de pèlerins qui depuis le IX° siècle l’ont précédé. Ces millions de pèlerins ont fait l’Europe.

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